tableaumaPour commencer, un petit (gros même, allons y !) rappel historique.

C’est dans le film :

Marie-Antoinette est la quinzième et avant-dernière enfant de l'empereur François Ier et de l'Archiduchesse d'Autriche Marie-Thérèse, et leur plus jeune fille. Née le 2 novembre 1755 à Vienne, elle est baptisée Maria Antonia Josepha Johanna. Après la conclusion d'un traité de paix entre la France et l'Autriche, le mariage entre le dauphin, le futur Louis XVI, et Marie-Antoinette est décidé. Marie-Antoinette quitte Vienne en avril 1770, à l'âge de quatorze ans. Le 17 avril 1770, Marie-Antoinette renonce officiellement à ses droits sur le trône archiducal autrichien, et le 16 mai elle épouse le dauphin à Versailles.
Jeune, belle, héritière des Habsbourg et d'un arbre généalogique impressionnant, son arrivée attise aussi les jalousies du petit monde de la noblesse versaillaise aux multiples alliances douteuses. Mais, la jeune dauphine a du mal à s'habituer à sa nouvelle vie, son esprit se plie mal à la complexité et à la rouerie de la « vieille cour », au libertinage du roi Louis XV et de sa maîtresse la Comtesse Du Barry. Son mari la fuit, partant très tôt chasser (le mariage n'est consommé qu'en juillet 1773), elle peine à s'habituer à l'étiquette et au cérémonial français, elle répugne à tenir sa cour.

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Le 10 mai 1774, Louis XV meurt et Marie-Antoinette devient reine de France et de Navarre. Son comportement pourtant ne change guère. Dès l'été 1777, les premières chansons hostiles circulent. Elle s'entoure d'une petite cour de favoris (la princesse de Lamballe, le baron de Besenval, le duc de Coigny puis la comtesse de Polignac), suscitant les jalousies des autres courtisans, multiplie les toilettes et les fêtes coûteuses, organise des séances de jeu (lansquenet et pharaon) où l'on joue gros. Elle tente d'influencer la politique du roi, de faire et défaire les ministres, mais c'est au fil de ses humeurs et des conseils souvent intéressés de ses amis.
Une véritable coterie se monte contre elle dès son accession au trône, des pamphlets circulent, on l'accuse d'avoir des amants (le comte d'Artois son beau-frère, le comte suédois Hans Axel de Fersen) ou même des maîtresses (la comtesse de Polignac), de dilapider l'argent public en frivolités ou pour ses favoris, de faire le jeu de l'Autriche, désormais dirigée par son frère Joseph II.
Enfin, le 19 décembre 1778, Marie-Antoinette accouche de son premier enfant, Marie Thérèse puis, le 22 octobre 1781, c'est le tour d'un dauphin, Louis Joseph. Après cela,. elle reprend vite sa vie de plaisir : elle surveille la construction du Hameau à Versailles, ferme miniature où la reine croit découvrir la vie paysanne. Le 27 mars 1785, elle accouche d'un second garçon, Louis Charles, titré duc de Normandie.

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En 1789, la situation de la reine est mauvaise. Le 4 juin, le petit dauphin meurt. Pour éviter la dépense, on sacrifie le cérémonial de Saint-Denis. L'actualité politique ne permet pas à la famille royale de faire son deuil convenablement. Le 5 octobre, une manifestation de femmes marche sur Versailles, réclamant du pain, disant aller chercher le boulanger (le roi), la boulangère (la reine) et le petit mitron (le dauphin). De nombreux hommes armés se sont glissés dans le cortège. Après une certaine confusion, la famille royale reste à Versailles
Le lendemain matin, des émeutiers armés de piques et de couteaux pénètrent dans le château, tuent deux gardes du corps et menacent la famille royale. La reine notamment échappe de peu aux assaillants et elle doit plus tard se montrer au balcon. Personne finalement ne lui tire dessus mais la famille royale est alors contrainte de se rendre à Paris, escortée par les troupes du marquis de La Fayette et les émeutiers. Sur le trajet, on menace la reine, et lui montrant une corde et en lui promettant un réverbère de la capitale pour la pendre.

Ce qu’on ne voit pas dans le film :

Le 10 octobre, Louis XVI prend le titre de "Roi des Français". Avec Marie-Antoinette, ils se seraient résolus à demander de l'aide aux souverains étrangers. Breteuil propose alors, fin 1790, un plan d'évasion. L'idée est de quitter les Tuileries, et de gagner la place-forte de Montmédy, proche de la frontière. Le 20 juin 1791, c'est l'évasion, la maladroite expédition de Varennes, mais très vite, Paris s'aperçoit de la fuite, cependant La Fayette réussit à faire croire que le roi a été enlevé par des contre-révolutionnaires. Peu avant midi, la berline est arrêtée à Varennes en Argonne. Il y a un moment d'hésitation, personne ne sait que faire, et pendant ce temps, la foule accourt à Varennes. Finalement, la famille royale, sous les menaces, et dans un climat de violence sourde, est ramenée à Paris. A son retour aux Tuileries, la reine a dit- on une surprise en se regardant dans le miroir : ses cheveux blonds cendrés sont devenus blancs. Marie-Antoinette, elle, voit secrètement Barnave, qui veut convaincre le roi d'accepter son rôle de monarque constitutionnel. Le 13 septembre, Louis XVI accepte la Constitution. Le 30, l'Assemblée constituante se dissout et est remplacée par l'Assemblée législative, cependant que les bruits de guerre avec les monarchies alentour, au premier rang desquelles l'Autriche, se font plus pressants. Le peuple est alors monté contre Marie-Antoinette. Les pamphlets et journaux révolutionnaires la traitent de « monstre femelle » ou encore de « Madame Veto », et on l'accuse de vouloir faire baigner la capitale dans le sang. Le 10 août 1792, c'est l'insurrection. Les Tuileries sont prises d'assaut, le roi doit se réfugier à l'Assemblée, qui vote sa suspension provisoire et son internement aux couvent des Feuillants.

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Le lendemain, la famille royale est finalement transférée à la prison du Temple. Le 26 décembre, la Convention vote la mort. Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793. Le 2 août, Marie-Antoinette est conduite à la Conciergerie. Le 3 octobre, Marie-Antoinette comparait devant le Tribunal révolutionnaire, mené par l’accusateur public Fouquier-Tinville. Si le procès de Louis XVI avait conservé quelques formes de procès équitable, ce n'est pas le cas de celui de la reine. Le dossier est monté très rapidement, il est incomplet, Fouquier-Tinville n'ayant pas réussi à retrouver toutes les pièces de celui de Louis XVI. On l’accuse également d’entente avec les puissances étrangères.
Les dépositions des témoins à charge s’avèrent bien peu convaincantes. Marie-Antoinette répond qu'elle « n’était[t] que la femme de Louis XVI, et qu’il fallait bien qu’elle se conform[ât] à ses volontés ». Fouquier-Tinville réclame la mort et fait de l’accusée « l’ennemie déclarée de la nation française ». Marie-Antoinette est condamnée à mort pour haute trahison le 16 octobre 1793. Le même jour, à midi un quart, elle est guillotinée, après avoir refusé de se confesser au prêtre constitutionnel qu’on lui a donné. Elle est enterrée au cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou-Saint-Honoré. Son corps fut exhumé le 18 janvier 1815 et transporté le 21 à Saint-Denis.

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Le Film:

Marie—Antoinette n’est pas un film historique, mais purement artistique. Du cadrage aux souliers colorés, tout est réalisé avec une originalité impressionnante. Ce film a été condamné par certains pour son manque de respect des détails historiques. Cela pourrait être le cas si Sofia Coppola avait voulu réaliser un film historique, hors ce n’était pas le but escompté ici. Ce qu’elle veut retransmettre c’est avant tout la débauche et la déraison d’une jeune adolescente, à laquelle beaucoup de jeunes filles (même à l’époque contemporaine) pourraient s’identifier (on reste toujours dans le même cadre ; au sortir de l'adolescence, une jeune fille découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l'autre sans aménité). En conjuguant à merveille un cadre historique ancien où se côtoient costumes et perruques, avec un univers moderne, Sofia Coppola réussit à dessiner un univers qui lui appartient et qui personnellement me séduit beaucoup. Comme une toile, le film éclate un festival de couleurs et des décors sublimes. De plus, on observe une rare alchimie et on perçoit une tendre complicité entre la figure historique, son interprète et la cinéaste. On prend un plaisir fou à voir ce film formidable qui évite la biographie en costume.
Les costumes, la finesse de la mise en scène, une Kirsten Dunst irréprochable, la vision originale et parfois un peu décalée de l'histoire de France vue par une Sofia Coppola inspirée, en un mot la vision personnelle et intelligente d'une créatrice qui tient ses promesses (trois films de grande qualité) sont les ingrédients qui font de ce film un petit bijou que je vous recommande plutôt deux fois qu’une !

Pour en savoir (encore) plus: le bouquin d’Antonia Fraser dont le film est tiré et si votre budget est plus limité, le magazine "l’histoire" du mois de juin est assez intéressant !

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