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Depuis plusieurs semaines et jusqu'au 31 juillet, la Cinémathèque française est aux couleurs de l’Espagne et accueille en grandes pompes Pedro Almodóvar. Une rétrospective, une carte blanche (j’ai manqué les deux, arf) et, surtout, une expo (que je n’ai pas râté cette fois, yess !), consacrée au cinéaste et à son œuvre. Elaborée avec son active participation, elle rassemble éléments plastiques, cinématographiques et sonores. Plongée profonde dans le monde selon Pedro, coloré et contrasté, débridé et plein d’humanité.

Les origines, Madrid, le corps, la figure humaine, la culture pop, l’écrit, et enfin la vie spectacle : ainsi se déclinent les sept espaces de l’expo, à travers ces quelques thèmes qui semblent évidents pour parler d’Almodóvar. Ce qui l’est moins, c’est le pourquoi, le comment : d’où viennent ses obsessions, ses inspirations, comment elles s’articulent pour faire naître une oeuvre.

Les femmes d’abord. Almodóvar est sans doute le cinéaste qui parle le mieux des femmes. Pourquoi sont-elles prépondérantes dans son cinéma ? Parce que, par leur sensibilité et leur naturel, l’importance de leurs émotions et de leurs réactions, elles font de meilleurs moteurs d’intrigues. Les 650 m2 de l’expo constituent ainsi une magnifique galerie de portraits des femmes qui peuplent son œuvre.

La couleur aussi. On entre par une pièce saturée de rouge, murs, sol et plafond. Sur les murs, des clichés rétro-éclairés tirés des films d’Almodóvar, dont le fil conducteur est ce rouge, toujours symbole d’une notion forte. Il esquisse une explication pour ses choix chromatiques - qui n’ont rien de culturels - avec une anecdote sur sa mère. Elle qui a dû porter le deuil de 3 à 30 ans, elle aurait conçu un être qui allait la " venger " de tant d’obscurité et faire de la couleur un leitmotiv.

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On apprend ainsi de la bouche du cinéaste le pourquoi de ses obsessions, de ce qui nourrit son œuvre et fait d’elle ce qu’elle est. L’équilibre est trouvé entre une parole distante et une confession trop intime. On pénètre aussi dans ses souvenirs d’enfance : quelques photos de famille, et des objets : sa caméra Super 8, un album de collection de vieux portraits d’acteurs, ses premiers écrits. Tout au long du parcours, les objets qui meublent ses films, un côté bazar, une débauche de couleurs et de styles.
Au côté de ses idoles féminines, omniprésentes, émergent des idoles cachées, des modèles fondateurs pour le cinéaste : des œuvres de Cocteau, Matisse, Mapplethorpe, Miró, Bacon nous emmènent plus avant dans la compréhension de son univers.

Un univers qui est tout sauf lisse. L’équivoque l’emporte, entre la beauté des visages - toujours filmés en gros plan - et leur laideur lorsqu’ils sont défaits, des corps sensuels ou meurtris, des personnalités exubérantes ou introverties - que symbolise très bien la figure du travesti dans ses films, entre déguisement et dévoilement - la vie spectacle et une sincérité touchante.

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L’expo est aussi l’occasion de revivre quelques grands moments de sa filmographie, comme cet instant de grâce de "Parle avec elle", le concert de Caetano Veloso, ou d’écouter ses chansons d’amour préférées. Jusqu’à la sortie, où l’on découvre un extrait de son dernier film, "Volver".

Une magnifique expo aux couleurs de l’univers d’Almodovar, ludique, intéressante et originale qui donne envie de plonger (et replonger) dans l’univers de ce grand artiste.

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A savoir : les samedis et dimanches matins, le tarif est de 7E au lieu de 9E pour les billets achetés en ligne. Et pour les moins de 26 ans, le billet est tout le temps à 7E (eheh !). Les cinéphiles, pensez à vous faire faire la carte Nouvelle Vague au guichet avant de prendre votre billet car vous cumulez des points. Cette carte, c’est (pour les moins de 26 ans) l’occasion gratuite de gagner des entrées à la Cinémathèque et de profiter d’offres spéciales. Il suffit de la demander simplement à la billetterie de la Cinémathèque française sur présentation d’un justificatif d’âge et en échange de votre adresse e-mail.
1 billet acheté = 1 point, 4 points = 1 entrée pour l'exposition permanente, 6 points = 1 projection (sauf séances spéciales) ou 1 conférence et 9 points = 1 entrée pour l'exposition temporaire. Et en bonus, si vous venez avec un ami, vous gagnez 2 points ! Plus d’infos sur le site.

ps: résumé et photos fluctuat.net