Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, j’ai tendance à avoir foi dans les possibilités de tirage par le haut du service public à la télévision quand je regarde la qualité des émissions de France 5. C’est pourquoi quand Patrick de Carolis a été nommé à la direction de France Télévisions et qu’il avait parlé de faire de la culture une priorité, j’ai tenté d’y croire.
C’est alors que j’ai allumé ma télé et suis tombée sur France 2 et deux de ses émissions dignes d’un TF1 au plus haut de sa forme :

bienvenue_touteunehistoire- "Toute une histoire" :
Jean-Luc Delarue, l'un des ténors de la deuxième partie de soirée de la télévision française, a choisi la rentrée 2006 pour se lancer un nouveau défi : conquérir le début de l'après midi, en quotidienne. Un pari difficile. Il est vrai que depuis la disparition de "C'est mon choix", le service public n'a pas su trouver de relève télé réalité efficace. Notre bon Jean-Luc a toujours de bonnes idées pour exploiter...euh pardon... pour diffuser la grandeur d'âme humaine. Il présente son émission en expliquant qu'elle n'a pour but que de raconter des histoires touchantes, qui peuvent amener tout un chacun à réfléchir, à partager, à se recueillir. Ben voyons. Des mini reportages sont diffusés, Delarue reçoit ensuite les sujets de ces reportages sur son plateau. Les cas choisis sont toujours bien évidemment de très grande extravagance. Les reportages, qui introduisent le sujet, doivent caractériser l'invité qui va débarquer sur le plateau: pas de narratrice à la voix suave, comme dans l’émission de Bataille et Fontaine sur TF1 mais le même overdosage d'effets visuels et sonores, le même montage d'éléments typés et/ou ridicules mis bout à bout. On filme les gens se couvrir de ridicule, pleurer, déballer leur vie... Et, innovation terrible, on va même jusqu'à les faire jouer leur propres rôles dans de vagues reconstitutions qui servent à illustrer par l'image leurs propos ! Grands moments de ridicule. Une très bonne technique pour renforcer les stéréotypes.

toute_une_histoire

La nouvelle émission de Delarue assume donc encore plus franchement et ouvertement sa nature télépoubelle. Bien évidemment, toujours pour se donner bonne conscience et des allures d'émission pédagogique, sont invités des psychanalystes en tout genre qui viennent sur le plateau expliquer la normalité ou l'anormalité des invités décortiqués. Au début, on serait tenté de croire que Delarue prend parti pour l'un ou l'autre de ses invités, lorsqu'il y a opposition. En réalité, il ne fait que titiller chacun à tour de rôle, pour faire réagir. A la fin de chaque émission, est invité un acteur, présent dans l'actualité du cinéma. On diffuse la bande annonce de son film et on le fait discuter sur un thème tout autre et bien souvent futile. Un plateau plus petit, plus intimiste, pour une progression nette sur l'échelle de la crétinerie et du voyeurisme. Delarue commence à assumer la nature profonde de ses émissions. Félicitons le !


ar_ne_de_france- "L’arène de France" :
Non, il ne s’agit pas de Ségolène, mais d’une nouvelle émission, un talk-show animé par le champion de l’astiquage de couronnes, j’ai nommé Stéphane Bern. Stéphane Bern a peut-être du talent, mais il a surtout du culot : expliquer que sa nouvelle émission est un lieu de liberté comme il n’y en a pas eu depuis longtemps à la télévision française (sans commentaires!). "L’Arène de France" est une émission classique, au sens d’aujourd’hui : on y sert la soupe à des "peoples" invités en fonction de leur "actualité" ; on y défend l’école républicaine en disant des gros mots ; on y apprend à ne jamais écouter personne et à couper la parole à tout le monde ; on demande à un public mal élevé de voter à l’aide d’un buzzeur sur des sujets qui le dépassent ; et, entre un sketch à deux balles et une caméra cachée, on demande à des avocats de faire de fausses plaidoiries pour bien montrer qu’au fond, rien n’est grave et que tout se vaut : on applaudit Olivier Besancenot et Gilles de Robien avec la même sympathique conviction que rien de tout cela n’a vraiment d’importance.
Les titres racoleurs sont éculés, les intervenants souvent à la limite du supportable, le dossier à charge qui ouvre chaque débat définitivement trop orienté, la mise en scène “tribunal” qui invite des avocats (vraiment avocats ?) à attaquer personnellement chaque membre de la partie adverse me paraît déontologiquement plus que discutable, les pastilles humoristiques souvent hors de propos. Evidemment, les thèmes ne sont pas traités ("Une femme peut-elle devenir président" devient un débat Royal/Sarkozy) et la fausse bonne idée du vote du public avant et après n’a aucun intérêt, il tombe d’ailleurs systématiquement à plat.
Qu'une chaîne de service public diffuse une pareille connerie, c’est vraiment lamentable...