Bliss In The City

Le Blog-Notes d'une Etudiante à Paris

29 mars 2007

Ma musique du moment

Comme ça faisait longtemps, petit post aujourd'hui avec 3 coups de coeur musicaux du moment !

crane_wife+ The Decemberists-The crane wife

Les Decemberists font partie de ces groupes américains qui, au fil des ans, des disques et des concerts, se sont constitué un public fidèle et fervent (même si pas forcément énorme) dans leur pays, mais qui restent quasiment inconnus chez nous. Espérons que, comme pour les Shins, cette situation change avec leur nouvel album, "The Crane Wife", leur quatrième (sans compter les EP), et le premier pour une major, Capitol, qui doit avoir un budget promo plus conséquent que leur ancien label, Kill Rock Stars.
"The Crane Wife", soit "l'épouse grue", la grue étant ici un oiseau, bien sûr. A l'origine du disque, il y a un conte traditionnel japonais trouvé par Colin Meloy, chanteur et songwriter du groupe, dans le rayon enfants d'une librairie de Portland. L'album ne prétend pas être une adaptation musicale de l'histoire, il en revisite plutôt les thèmes, sombres et assez éloignés de ce à quoi nous a habitués le rock américain. Rien d'étonnant quand on sait que les Decemberists se distinguent en reprenant des morceaux de Morrissey (là, ils ne sont pas les seuls) et apparaissent souvent vêtus d'uniformes de la guerre de Sécession (c'est déjà moins courant). L'ambition évidente de "The Crane Wife" était déjà en germe sur leurs albums précédents, même si elle s'exprimait dans un cadre plus restreint, faute de moyens. Cette fois-ci, le quintette a pu travailler dans des conditions idéales, passant près de trois mois en studio avec Chris Walla (guitariste de Death Cab for Cutie) et Tucker Marine (collaborateur de Laura Veirs, celle-ci faisant d'ailleurs une apparition sur une chanson).
Ce confort nouveau aurait pu conduire le groupe à rentrer dans le rang; il semble au contraire avoir débridé son inspiration. Certes, l'album commence par 50 secondes très dépouillées, Meloy tout seul avec sa guitare, avant que les autres musiciens n'entrent en scène. Et une grande partie des chansons offrent une pop-folk indé assez orthodoxe, plaisante et mélodieuse, avec instrumentation "roots" (accordéon, pedal steel), dans la lignée de groupes comme Bright Eyes ou les méconnus Crooked Fingers. Mais ailleurs, les Decemberists se lâchent. Même s'ils avaient déjà livré de longs morceaux à tiroirs sur leurs disques précédents, ils n'étaient jamais allés aussi loin que sur "The Island", monstrueuse suite de treize minutes qui lorgne vers le rock progressif anglais des seventies (Genesis, King Crimson, voire Fairport Convention pour les accents celtiques), avec cascades de claviers, voix qui part dans les aigus, changements de rythmes et d'atmosphères… Certains fans auront peut-être du mal à avaler un tel brouet, et on a tout à fait le droit de préférer les morceaux plus directs du disque, comme "The Crane Wife 3", "Yankee Bayonet" ou "Sons & Daughters", tous parfaitement présentables à des fans de R.E.M. et Arcade Fire. Reste que cette prise de risques et ce sens de la démesure totalement assumé forcent l'admiration.

kaiser_chiefs

++ Kaiser Chiefs-Yours truly, angry mob
Depuis "Employment", qui fut l'un des succès les plus surprenants de l''année 2005 et que je vous recommande chaudement, les Kaiser Chiefs sont devenus un groupe extrêmement populaire en Grande-Bretagne. On les considère même comme les parrains de la prolifique scène du Yorkshire. Nombreux sont les groupes qui aspirent à ce titre – Arctic Monkeys, Long Blondes, Cribs, etc. – et qui ont fait vaciller le trône des Kaisers ces derniers mois. Histoire de mettre tout le monde d'accord, le groupe est revenu avec les ingrédients qui ont fait son succès : des mélodies imparables emballées dans un écrin britpop. Une fois encore, c'est un succès.
Au moment de concevoir ce "Yours Truly, Angry Mob", il ne fait quasiment aucun doute que les Kaiser Chiefs se sont replongés dans l'écoute de leurs classiques de Blur, notamment "The Great Escape", qu'évoquait déjà "Employment" et dont on retrouve le son familier ici (le fait que Stephen Street soit à la production n'est d'ailleurs pas une coïncidence). Plusieurs morceaux ici portent la marque du groupe de Damon Albarn, et l'application avec laquelle Ricky Wilson singe la voix de ce dernier est stupéfiante. On a connu par le passé des artistes se prenant pour John Lennon (Liam Gallagher est le plus célèbre, Robert Harrison de Cotton Mather le plus doué), Wilson est aujourd'hui le premier clone chantant de Damon Albarn (qui, au passage, est véritablement en voie de béatification ces jours-ci avec le carton de The Good, The Bad and The Queen, dont je vous avais vanté les mérites ici).

Au rang des blureries donc, on dénombre une bonne demi-douzaine de morceaux, à commencer par l'entêtant single "Ruby", qui est un croisement malin entre "Country House" et "Mr. Robinson's Quango". On trouve ensuite l'efficace chanson pop "I Can Do Without You", la magnifique ballade "Love's Not A Competition But I'm Winning" (pensez "Best Days", "Badhead"), l'hymne "Angry Mob" (qui commence comme "It Could Be You" et s'achève en chant guerrier qu'on imagine déjà repris en chœur par une armée de fans abreuvés de bière!) ou encore l'excellente "Try Our Best", qu'on pourrait décrire comme le "This Is A Low" des Kaiser Chiefs. A l'écoute de ce dernier morceau, on est d'ailleurs frappé par un son familier. On a récemment entendu les Kaiser Chiefs plaisanter sur le fait qu'ils surnommaient les solos de leur guitariste (celui qui a un œil fermé, et de façon plus générale une sale gueule, sur la pochette) des "noelos". Explication rapide : le gratteux gaucher connaît son Noel Gallagher par cœur et pastiche ses solos à la perfection. "Try Our Best", qui commence sur le mode Blur, s'achève en pur Oasis, avec un solo terminal digne de celui de "Go Let It Out" ou "Champagne Supernova". Les ennemis intimes de la britpop sont donc réconciliés le temps d'une chanson. A défaut d'être génial, c'est un clin d'œil assez drôle.

Pastiches, mimétisme… les Kaiser Chiefs ne seraient-ils qu'un groupe de plagieurs sans imagination? Non. Ils ont un univers à eux, empli de mélodies finement ciselées, d'un humour étrange et d'une énergie contagieuse, qui finit par forcer l'adhésion de l'auditeur. Le point fort des Kaiser Chiefs demeure leurs morceaux rapides qui viennent s'incruster dans la tête dès la première écoute, pour ne pas en repartir. Le glam "High Royds", la bombinette punk "Thank You Very Much" qui rappelle "I Predict A Riot", le beat dansant "Learn My Lesson Well" et le garage-rock de stade de "Retirement" sont irrésistibles. Dans un autre registre "Everything Is Average Nowadays" est un hymne dansant qui devrait faire un malheur s'il sort en single. Les paroles sont directes, la mélodie simple, le rythme enlevé. Seule l'étrangeté "My Kind Of Guy", qui rappelle les mélodies malsaines des Eighties Matchbox B-Line Disaster dans leur splendeur gothique (façon "Nightmare Before Christmas") vient briser l'équilibre entre les ballades pop et les morceaux plus remuants. Avec leurs refrains faciles à reprendre et leur production rutilante, les chansons des Kaisers sonnent énormes et se sifflent sans problème – succès assuré dans les charts. "Yours Truly, Angry Mob" est un album festif, le digne successeur d"Employment". Ceux qui n'avaient pas aimé le premier essai n'aimeront pas plus le second. Les fans de pop à guitares devraient y trouver leur compte, surtout ceux qui sont tombés dans le rock anglais dans les années 90. On n'a pas fini d'entendre parler des Kaiser Chiefs.

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+++ Arcade Fire-Neon Bible
Avec son nouvel album "Neon Bible", Arcade Fire offre onze morceaux absolument superbes à sa cohorte de fans basés dans le monde entier… Après avoir vendu plus d’un million d’exemplaires de son génial et précurseur album "Funeral" (qui a donné des ailes à une vague de groupes dans la veine "pop indé mélancolico euphorisante"), le groupe montréalais s’est enfermé dans son studio/église pour écrire une passionnante suite de ses aventures.
Longtemps coupés du monde extérieur pour travailler nuit et jour à la création des titres aussi fulgurants que complexes, ne se souciant pas du commercialement correct - malgré la signature avec le géant Universal -, les huit musiciens composant Arcade Fire peuvent aujourd’hui être fiers de leur nouvel opus, vraiment très réussi… Parés d’arrangements aussi grandiloquents (orgues emphatiques) que vrillants (cordes stellaires) ou lumineux (guitares stridentes s'envolant vers les cieux), les nouveaux titres dégagent toujours ce mélange extrêmement émouvant de mélancolie tenace et d’irrésistible désir de vivre. Les voix de Win Butler - en savant fou fan de David Bowie, Neil Young, David Byrne et Daniel Johnston - et Régine Chassagne - en gamine perdue, son accordéon en bandoulière, dans un film gothique de Tim Burton avec du Joy Division en bande son - font plus que jamais un effet énorme sur l’auditeur, à la fois assailli par des bouffées de joie et par des tempêtes sous un crâne… En pénétrant dans cet océan de bruit ourdi par un collectif aux idées foisonnantes, l’on se découvre des envies de courses nocturnes et échevelées dans d’inquiétants bois, à la recherche de paisibles clairières pour vivre d’amour et d’eau fraîche en compagnie de son Lutin. Oui, carrément !

Neon Bible regorge de tubes imparables ("Black mirror", "No cars go", "Keep the car running", "The well and the lighthouse", etc) comme de titres aussi intimistes qu’universels ("Ocean of noise", "My body is a cage", "Windowswill") et semble promis, comme son prédécesseur, à apporter du réconfort et de l’énergie (renouvelable) à des foules entières lors de grands messes scéniques très attendues. Enorme !

Posté par BlissNYC à 08:15 - Let the Music play - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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