Bliss In The City

Le Blog-Notes d'une Etudiante à Paris

16 mai 2007

Chronique DVD

Petit passage en revue de 4 très bons films à côté desquels j'étais malheureusement passée au cinéma il y a quelques mois mais que j'ai eu la chance de ne pas râter en DVD...

LOW**** Lord of War
Pitch: Fils d’émigrés ukrainiens, Yuri (Nicolas Cage) est prêt à tout pour réaliser ses rêves de prospérité. Sous ses airs de bon père de famille, cet habile négociateur devient l'un des plus puissants trafiquants d’armes du monde, traqué par toutes les polices, et en particulier par l’agent Jack Valentine (Ethan Hawke). Contrebandier moderne, Yuri est un être cupide et pugnace qu’excitent autant les défis et les affaires risquées et l’argent. De New York à l’Europe de l’Est en passant par l’Afrique, il parcourt le monde et multiplie les gros coups. Mais, en passe de devenir l’un des maîtres du monde, notre vendeur de kalachnikovs a de plus en plus de mal à museler sa mauvaise conscience…

A l’heure où Hollywood joue la carte du cinéma politique, certains sujets semblent ne pas avoir la ferveur des grands studios. Parmi ces thèmes tabous, la vente d’armes. Après avoir essuyé le refus de nombreux studios, Andrew Niccol (scénariste de "The Truman Show" et réalisateur de "Bienvenue à Gattaca") dut se tourner vers le producteur français Philippe Rousselet pour mener à bien "Lord of war". Le cinéaste explique en partie la frilosité de ses compatriotes par le caractère négatif et le cynisme de son personnage.

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Ce film marque les mémoires grâce notamment à son générique virtuose, qui suit le parcours d’une balle, de sa conception à sa cible (la tête d’un jeune Africain). Si les scènes d’action sont dignes des meilleures productions, le propos de Niccol n’est jamais manichéen, trouvant un équilibre parfait entre le plaidoyer pacifiste et une réflexion nuancée sur la guerre. Admirablement mené par un Nicolas Cage magistral, le film ose même quelques grands moments d’humour caustique car la réalité du marché des armes est parfois loufoque !
Bref : intelligent, documenté, politiquement incorrect : un film qui en dit long sur notre monde et ceux qui le dirigent. INDISPENSABLE !

LMS**** Little Miss Sunshine
Pitch: L'histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son "Parcours vers le succès en 9 étapes". La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l'hôpital après avoir été débouté par son "amant". Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables: la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu'à son entrée à l'Air Force Academy. Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers l'Ouest et entament un voyage tragi-comique de trois jours qui les mettra aux prises avec des événements inattendus...

Un petit film de rien du tout, c'est vrai. Pas beaucoup de moyens, des acteurs au physique banal, bref on se croirait presque dans un film anglais, ou pire, français !...  Mais, avec l'habillage d'un téléfilm du lundi soir, "Little Miss Sunshine" dérape, dérape, dérape... sur un ton cynique "décalé" absolument inconnu aux States.  On y observe une famille américaine en pleine décomposition, bien à l'image de cette société de "gagnants"... qui a tant l'habitude de cacher ses perdants.

Oliveresto

L'histoire semble des plus classiques (une petite fille avec des rondeurs, qui part devenir reine de beauté), du style de celles qu'Hollywood sait nous servir, avec pour morale de croire en ses rêves. C'était sans compter l’intelligence et la richesse du scénario (qui a reçu un oscar bien mérité), qui foisonne en personnages farfelus, (du spécialiste de Proust dépressif au grand père toxicomane), en situations improbables (on ne compte plus les malheurs de la famille Hoover sur la route pour la Californie) et en dialogues délirants ("T'es mineur, elles sont mineures, profites en pour t'en taper plein, parce que dès que t'es majeur t'en a pour 5 ans au trou"). Le côté déjà-vu est également contourné par les acteurs, tous fabuleux. Mention spéciale à Abigail Breslin, qui est toute mignonne dans le rôle d'Olive, et à Paul Dano, remarquable lorsqu'il joue Dwayne, l'ado en crise qui se rêve pilote d'essai. Le dernier point qui permet de classer le film dans la catégorie "unique en son genre": la réalisation. Le couple Dayton/Faris fait des merveilles. Les situations absurdes qui ne manquent pas, sont toutes hilarantes devant leur caméra, ce qui ne les empêchent pas de savoir nous émouvoir pendant certaines scènes. Il y a en plus derrière tout cela, un critique de la société américaine donc, et surtout de son insatiable besoin de produire des "gagnants". Pour ma part je retiendrai surtout la scène du concours à la fin, qui fait ressentir un bonheur indescriptible tant elle est drôle et tendre à la fois. Le film est déjà culte… A AVOIR ABSOLUMENT !

Jarhead*** Jarhead
Pitch: Eté 1990. Anthony Swofford, fils et petit-fils de militaires, vient tout juste de fêter son vingtième anniversaire lorsqu'il est envoyé dans le désert saoudien. La Guerre du Golfe vient d'éclater, son bataillon de Marines est parmi les premiers à se déployer dans cette aride et immense étendue de sable. Pour ces jeunes déracinés, gavés d'images et de phraséologie guerrières, ivres de rock et de bière, commence alors la longue et dérisoire attente d'un ennemi fantôme. La soif, la peur, l'épuisement, l'ennui, les frustrations lancinantes, les tensions extrêmes s'additionnent dans un climat de plus en plus délétère et explosif. Dans cet enfer naîtront pourtant de surprenantes et inaltérables amitiés entre compagnons d'armes liés par le vieux serment des Marines.

Digne successeur de "Full Metal Jacket" (un petit hommage est d'ailleurs rendu au film de Kubrick dès les premières minutes), "Jarhead-la fin de l'innocence" est un paradoxe à lui tout seul. Film de guerre sans guerre, l'oeuvre de Mendes ne se concentre non pas sur le côté historique de la guerre du Golfe mais plus sur le côté humain à travers le trajet d'un marine de ses premiers entraînements à la fin de la guerre. Et dans ce rôle, Jake Gyllenhaal est extra (humm ^^). Incompréhension et dépression sont les maîtres mots de ce jarhead (tête de bocal) as de la gâchette et qui pourtant n'aura que très peu l'occasion de faire cracher son arme. Sam Mendes a réalisé un film étrange qui ressemblerait à un début de film de guerre qu'on aurait rallongé de plus d'une heure au point qu'on en arrive à la fin en constatant toute l'absurdité de cette drôle de guerre qui aura pourtant changé les vies de ce qui ne l'ont pas influencée.
Jarhead est donc un film avant tout psychologique sur la guerre du Golfe, une réflexion sur l’impact de la guerre sur les soldats et sur le lavage de cerveau qu’ils subissent. Sam Mendes, égal à lui-même, continue de nous surprendre dans un registre plutôt polémique après son petit chef d'oeuvre "American Beauty".

shooting_dogs*** Shooting dogs
Pitch: Printemps 1994. En seulement cent jours, un million de Rwandais Tutsi sont massacrés par leurs concitoyens Hutus, et le petit pays africain est transformé en charnier. La barbarie est inimaginable. Mais elle aurait pu être prévenue. L'ONU était là, et regardait. Elle regardait sans bouger. Au coeur de tout cela, un prêtre et son jeune acolyte seront forcés à jauger l'intensité de leur foi, les limites de leur courage et, enfin, de faire un choix. Rester auprès des leurs ou s'enfuir...

S’il y a un point commun entre ce film et le génocide rwandais, c’est bien la discrétion gênante qui règne autour, pour ne pas dire carrément le tabou. Certes, ce genre cinématographique n’est novateur ni sur le fond, ni sur la forme. Raconter une atrocité politique ou historique a de tout temps inspiré les réalisateurs, de John Boorman à Costa Gavras. Mais le résultat en est très souvent une œuvre majeure qui noue la gorge et reste longtemps à l’esprit. "Shooting dogs" fait partie de ces films là, dénonçant une évidence historique que les médias ont tenté de maquiller aux yeux du monde pour ne pas avoir honte. Honte de prétendre sauver le monde, honte d’avoir dit un jour "plus jamais ça…", et de fuir lorsque cela va se produire. Le film remet la "communauté internationale" a une place bien plus modeste que ce qu’elle prétend avoir. En insistant habillement sur le regard des "acteurs-témoins" européens impuissants, la mise en scène réussit à montrer l’horreur sans être obscène et en évitant le piège du misérabilisme et de l’émotion à tout prix; les acteurs y sont pour beaucoup. On est à la fois emporté par l’horreur, bouleversé et scandalisé ; les yeux mouillés et la gorge douloureuse. Bref, si l’on a décidé d’oublier cette atrocité qui nous dérange, que l’on aille quand même pas jusqu’à renier cette superbe réalisation. On ne sort pas indemne d'un tel film...

Posté par BlissNYC à 08:10 - Le cinéma dans tous ses états - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je n'avais jamais entendu parler de Shooting dogs, mais grâce à toi je vais me le procurer au plus vite! J'ai eu l'occasion de lire le mois dernier "génocidé" de Réverien Rurangwa, rescapé tutsi d'une famille d'une quarantaine de personnes... Ce livre m'a bouleversé, d'autant plus que cette horreur a eu lieu il y a 13 ans seulement... Dans le livre, on parle d'un prêtre présent dans la communauté, j'aimerai bien savoir s'il s'agit du prêtre du film...
Je te laisse le lien du billet que j'ai posté à la suite de cette lecture...
Bonne journée!

Posté par Elo, 16 mai 2007 à 09:55

oups... voici le lien ;) : http://elo10.blogspot.com/2007/04/gnocid.html

Posté par Elo, 16 mai 2007 à 09:56

Je suis d'accord avec toi, Little Miss Sunshine est vraiment un film à voir!

Posté par elsa, 16 mai 2007 à 10:43

Elo > Merci pour le tuyau, je vais aller lire ton article car le bouquin m'a l'air plus qu'intéreressant ^^

Elsa > Ohhh oui, c'est le genre de film qui ne paie pas de mine mais qui fait mouche !

Posté par Bliss, 16 mai 2007 à 11:19

Des 4, je n'ai vu que "Little Miss Sunshine" et j'ai adoré ! surtout la scène de danse pendant le concours ;)

Pour "shooting dogs", je vais attendre un peu. J'ai pleuré pendant 10 min quand j'ai vu "Hotel Rwanda" alors pour celui là ... je suis trés sensible sur ce sujet : une de mes meilleures amies est une rescapé du génocide et voir tout ça me touche beaucoup.

Posté par marie, 16 mai 2007 à 12:38

G vu "little miss sunshine" que j'ai adoré aussi mais par contre pas vu les autres qui ont l'air interessant aussi (je note!). Il est sympa l'acteur sur la photo avec Nicolas Cage, c'est qui ?!

Posté par Karen, 16 mai 2007 à 16:17

Karen : Lequel ? celui qui pleure sur son épaule ? il s'appelle Jared Leto, il a notamment joué dans la séria "Angela, 15 ans" au coté de Claire Danes. c'est vrai qu'il est pas mal ;)

Posté par marie, 16 mai 2007 à 17:15

Re.Karen : pour le black, je sais pas !!

Posté par marie, 16 mai 2007 à 17:16

Que des films que j'ai ratés aussi!!

Posté par Madame Patate, 16 mai 2007 à 20:09

Marie > Ahhh oui, dans ce cas, vaut p'tet mieux que t'attendes avant de voir le film...

Karen > C'est Jared Leto effectivement et il est à tomber :D

Madame Patate > Oui, parfois on passe à côtés de films géniaux c'est dingue o_O

Posté par Bliss, 17 mai 2007 à 23:50

Cage,enfin.

Je n'ai vu que Lord of War.
Ce film est à tomber.Pour commencer,l'histoire est très bien menée,la mise en scène est superbe(intro,scène du journal,aaah,la scène du journal),et surtout,les acteurs cassent la baraque.J'avais pas revu Jared Leto depuis Requiem for a Dream me semble t-il(espèce de drogué va ^^)et il a pas perdu de temps en route tant son jeu est devenu meilleur.Même compliment pour un Cage qui obtient enfin un rôle révélant toute l'étendue de son potentiel.
Enfin.

Posté par n, 18 mai 2007 à 19:00

J'ai vu Lord of War, et j'ai trouvé ça vraiment excellent. Un peu désespérant quand on voit la phrase à la fin "les membres du conseil de sécurité de l'ONU"... mais vraiment excellent, plein d'émotions et très bien fait, très réel... Enfin bref je n'ai plus grand chose à dire puisque je suis d'accord avec la vision que tu décris dans ton article ^^

Posté par cassenoisettes, 19 mai 2007 à 14:55

n > Oui, apparemment Jared aime les rôles de drogué (rôle de composition ou bien... ?!)mais on lui pardonne, il a de tels yeux wahooooo (tex avery like). Et pour Cage, oui: ENFIN! Enfin un rôle à sa mesure, ça fait du bien !

cassenoisettes > Oui, on est d'accord donc ^^

Posté par Bliss, 20 mai 2007 à 14:11

Je viens de voir Little Miss Sunshine au ciné hier (oui je sais j ai quelques mois de retard), et je peux assurer que c'est le meilleur film que j'aie vu depuis.... bah depuis je sais plus quand tiens! J'ai jamais autant ri que pleuré devant un film, et l'apothéose était en effet la scène du concours ou je riais ET pleurais en meme temps, peut etre de rire d ailleurs, mais les sentiments etaient tellement melangés que je ne saurais pas le dire! J'ADORE!!!!

Posté par Elo, 09 juillet 2007 à 21:08

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