18 mars 2008
Ma vie ces derniers mois... les livres
Aujourd'hui, ultime épisode de cette saga (mouahahah) commencée fin décembre qui fut l'occasion pour moi de vous parler un peu de ma vie ces derniers mois... Petit passage en revue des livres qui m'ont tenu compagnie depuis l'été dernier !
Petite incursion dans la littérature russe (parfaitement indiquée en cette période où l'on a envie de rester au coin du feu) avec quelques Tolstoï (à cause de ça, en partie)... "Anna Karénine" tout d'abord, que j'avais commencé à lire en prépa mais jamais terminé. Sacrifice, vie mondaine, jalousie, scandales, qu'en-dira-t-on, perdition dans la haute société pétersbourgeoise du XIXè siècle où les histoires de passion et d'amour finissent mal en général. On ne se moque pas de mon lyrisme ! Qui n'a pas déjà été Anna Karénine ?! Puis, "La mort d'Yvan Illitch" ensuite. De l'ascension à l'effritement. Une vie futile, menue et superficielle. Un vernis à peine craquelé. Ivan Ilitch meurt, Ivan Ilitch sait. Ce livre est rempli d'idées obsédantes, affolantes et d'angoisse. Court comme un acte ultime, un cri, épuisant comme un besoin jamais assouvi. On monte vers la mort au lieu d'y descendre. Vers le rien, qui déjà s'empare de lui. Rien symbolisé par ces autres pour qui il devient un objet encombrant. C'est un livre étouffant, lourd. Mais excellent. Pas eu le courage d'attaquer "Guerre et Paix" car c'est littéralement monumental mais il est dans les starting blocks de ma bibliothèque, prêt pour le moment où j'aurai envie de l'ouvrir !
Je me suis également replongée dans quelques romans de mon auteur russe favori: Dostoïevski. Je l'ai découvert quand j'étais en prépa et j'ai eu un coup de foudre immédiat pour cet auteur fantastique. Je m'imprègne au fur et à mesure de son univers, à petits pas.
Récemment j'ai relu "Le Joueur" dans lequel Dostoïevski, lui-même joueur, décrit très bien les mécanismes de l'aliénation sous-jacents à la passion du jeu. Passion qui va si loin qu'elle en exclut tout autre, y compris l'amour... Un très beau livre. J'ai aussi relu "L'Idiot", que j'ai encore plus aimé que la première fois. "L'Idiot" est un livre puissant, torturé (marqué de la propre épilepsie de l'auteur). Témoignage ou simple roman ? Quel que soit le niveau de lecture choisi, vous ne pourrez que vous attacher à ce personnage à la fois si différent et si proche de vous, vous torturer face aux conflits, et pourquoi pas vous choquer de temps à autre...Tout le génie de Dostoïevski, sa philosophie, son ironie, et son talent de romancier sont concentrés dans "L'Idiot" ! Ne le manquez pas.
Et puis enfin, "Les Possédés". Dostoïevski nous parle de la vie, des gens, des situations, de l'absurde, de la vanité destructrice, des passions, du doute, de l'inconséquence des hommes, des peurs qui se masquent sous la bravade, du besoin et du refus des autres, des déchirements... C'est puissant, bouleversant. Ca fourmille entre les lignes d'allusions, d'ironie. Dostoïvski, esprit universel ? Autant de personnages et de situations, il parait impossible qu'un seul homme puisse avoir une perception aussi multiple, comme s'il pouvait ainsi voir le monde de plusieurs points de vue. C'est peut-être là le secret de son extraordinaire capacité à explorer les abimes les plus profonds de l'esprit humain. Indispensable !
Prochain roman que je lirai de Dostoïevski: "Les frères Karamazov".
Coup de Coeur absolu pour "Le Maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov: Regard ironique, sarcastique sur la société moscovite des années 30 et sur l'une des périodes les plus sombres de l'URSS de la part d'un immense écrivain, lui même longtemps victime de l'absurdité d'un régime obscurantiste qu'il ne cesse de dénoncer avec un humour subtile tout au long de cette fable fantastique et mystique qui est aussi l'une des plus merveilleuses histoires d'amour jamais contée.
Aujourd'hui je voudrais apprendre le Russe rien que pour le bonheur de le relire en VO. Un chef d'oeuvre c'est bien terne pour le décrire. Lisez le. Vite.
Suite au spectacle inspiré par la vie de Romain Gary, j'ai eu envie de me replonger dans quelques-unes de ses oeuvres. J'avais lu "La vie devant soi" il y a quelques temps et je n'avais pas vraiment accroché. En revanche, j'ai été totalement séduite par "La promesse de l'aube". Cette autobiographie qui nous emporte sur les chemins de sa jeunesse, sur ceux de son aventure hors du commun nous fait inévitablement tomber amoureuse de Romain Gary... La maîtrise de l'écriture est fascinante. On aime Romain Gary autant qu'il s'aime et c'est beaucoup dire, je pense ! Mais je ne lui en veux pas... Moi aussi je m'aimerais par dessus tout si j'avais autant de talent ! J'ai ensuite enchaîné avec "Les racines du ciel", son premier roman à avoir obtenu le Prix Goncourt (Romain Gary est d'ailleurs le seul auteur à s'être vu décerné deux Prix Goncourt -le 2nd c'était sous le pseudonyme de Ajar pour "La vie devant soi"...). Le pitch: Morel, un ancien prisonnier français interné dans les camps du IIIème Reich part vivre en Afrique Equatoriale Française et y défend les éléphants contre les chasseurs et les braconniers. Il est surtout défenseur de cette part de merveilleux qui est dans la nature et dans l'Homme. Romain Gary pose quelques questions sur la nature de l'Homme, son rapport avec ses semblables et son environnement. Toujours avec un humour et avec une acuité étonnante. C'est un incontournable.
Et sinon, beaucoup de poésie aussi: Hugo, Aragon et Lautréamont sur mon chevet, comme toujours...
Boulimie d'auteurs américains dont je suis folle:
"Mon chien stupide" de John Fante
Coincé entre une progéniture ingrate et un talent de plus en plus incertain, le personnage principal de "Mon chien stupide" oscille entre un cynisme salvateur et des envies de fuite. Fils d'immigrés italiens, il caresse le rêve d'un retour à ses racines, fantasmant sur une vie paisible aux terrasses des cafés de la Piazza Navona à Rome. Mais pour l'heure, il faut courir le cachet, écrire des scénarios médiocres pour des séries télé affligeantes... ou le plus souvent aller encaisser un chèque des allocations de chômage. L'existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu'un gigantesque chien décide de s'installer dans la maison, pour le plus grand bonheur de l'auteur raté mais au grand dam du reste de sa tribu. Il se fait le révélateur et le catalyseur d'une crise profonde dans un couple, dans une vie. Tout le monde se cherche, et la discordance entre le père et ses enfants est assez savoureuse. Une belle partie d'ironie et de je t'aime moi non plus. "Mon chien stupide" est une sorte de tragicomédie de la crise individuelle : crises d'adolescence à retardement, démon de midi, couple en déliquescence. Une lecture bien sympathique à l'humour ravageur.
"Le démon" de Hubert Selby Jr.
"Le chef d'oeuvre de Selby". Voilà comment est vendu ce livre. Forcément ça ne devrait pas donner envie de le lire, sauf à être de ceux qui n'achètent que les "best of" des artistes qu'ils ne connaissent pas. Mais pour le coup on se rend compte que ça fonctionne encore une fois. On prend le labéllisé "meilleur livre de ..." et là surprise, il est fabuleux! Non, vraiment. Il vous prend aux tripes incidieusement. Puis à la gorge, puis tout le corps. Vous voulez crier pour vous réveiller, vous et le "héros" en perdition de cette descente que vous ne pouvez qu'accompagner du regard, impuissant. Effectivement, il s'agit d'un des meilleurs (voire le meilleur) bouquin d'Hubert Selby Junior... Comme dans "Last Exit to Brooklyn", on assiste à la chute du personnage. Selby revisite la tragédie grèque à la mode contemporaine: on sait que les personnages ne s'en sortiront pas, qu'ils foncent droit dans le mur, de plus en plus vite et que c'est inéluctable et pourtant on espère de tout coeur voir un "coup de théâtre" salvateur... Selby a le talent immense de nous retourner les tripes dans tous les sens, de nous mettre dans des états dépressifs graves et de nous en faire redemander ! Ceux qui ont adoré "Last Exit To Brooklyn" y retrouveront un Selby mordant, noir, cynique et provocateur. Ceux qui reprochent à "Last Exit" sa brutalité y découvriront une écriture tout en tension sous-jacente et en subtilité, mais non moins audacieuse et efficace.
"La Conjuration des Imbéciles" de John Kennedy Toole
Avez-vous déjà lu un livre essentiellement génial, c'est-à-dire que la lecture de chacune des pages est un bonheur à l'état pur ? Descriptions, dialogues, situations... Tout est absolument excellent. C'est à John Kennedy Toole que l'on doit ce chef d'œuvre, jeune auteur américain qui, persuadé d'être un auteur raté, se donne la mort à la fin des années 60. Convaincue de l'immense talent de son fils, la mère de John parviendra à rassembler l'ensemble des pages constituant ce livre et trouvera un éditeur : en 1980, le livre décroche le prestigieux Prix Pulitzer.
Le pitch ? Mission quasiment impossible. Disons, pour la situer, qu'elle se déroule à la Nouvelle-Orléans. Ajoutons, par ailleurs, qu'il s'agit d'un jeune homme, Ignatius J. Reilly, cloîtré chez sa mère à écrire ses réflexions sur des petits cahiers d'écolier. Obèse, paranoïaque et méchant, Ignatius doit malgré tout trouver un emploi suite à un malheureux et onéreux accident de voiture. Et puis, il y a aussi Jones, un Black au cynisme sans limite... Et Mancuso, un flic que la chance fuit à toute vitesse... Sans oublier Marlene, qui voit en son perroquet une ressource financière assurée... Ou encore Monsieur Levy dont la femme est passée maîtresse dans l'art du chantage... Vous l'aurez compris, il est impossible de résumer cette histoire, ou plutôt cet ensemble d'histoires enchevêtrées par une main de maître.
Il faut véritablement le lire pour le croire ! Cruel, drôle, affligeant, délirant, émouvant... "La Conjuration des Imbéciles" fascine de la première à la dernière page. Un livre qui vous laissera, à n'en pas douter, bouche bée !
"La maison du sommeil" de Jonathan Coe
C'est une histoire à dormir debout, une lecture à conseiller en priorité aux insomniaques car les autres, de toute façon, risquent d'y perdre le sommeil même si le cadre du roman, la propriété d'Ashdown en Angleterre, est précisément une maison de santé spécialisée dans les troubles du sommeil! Truobles qui sont, par ailleurs, plus complexes qu'on ne le croit, depuis la banale insomnie jusqu'à la narcolepsie qui met sur le même plan ce que l'on a vécu et ce que l'on a rêvé. Avant d'être un établissement de soins, Ashdown, cette étrange demeure perchée au bord d'une falaise à pic, fut dans les années 80 un foyer d'étudiants. Les occupants de cette étrange clinique, qu'ils soient patients ou membres du personnel, se sont déjà rencontrés au même endroit du temps où ils étaient étudiants même s'ils ne s'en souviennent pas toujours. La mise à jour de ces relations anciennes et complexes déclenche une cascade de situations originales qui brossent un tableau plein d'humour de la société dans laquelle nous vivons. Intéressant.
Vais me plonger dans "Testament à l'anglaise" du coup, qui est LE roman de Coe (celui qui l'a rendu célèbre et que je n'ai jamais pris le temps de lire, bouhouhouhou honte sur moi !). Quelqu'un l'a lu ?
"Sanctuary" de William Faulkner
C'est "Sanctuary" qui valut à Faulkner sa réputation d'auteur ténébreux et scandaleux. L'écrivain n'a-t-il pas tenu à inventer, selon son expression, "l'histoire la plus effroyable qu'on puisse imaginer" ? En réalité, il s'est inspiré d'un fait divers, survenu dans un night-club de la Nouvelle-Orléans: le viol d'une jeune fille avec un "objet bizarre", devenu un épi de maïs dans le roman, suivi d'une étrange séquestration. Dans un climat de violence, de bassesse et de corruption, remarquablement diffus et persistant, la jeune fille subit une sorte d'initiation au mal, à travers laquelle Faulkner livre son interrogation sur l'homme, avant de l'élargir et de la faire porter sur la société tout entière.
Pour moi, Faulkner, c'est avant tout des ambiances, des atmosphères plus que des histoires. On vit pendant 300 pages dans un perpétuel climat de rejet, d'exclusion, on se sent presque mal à l'aise d'être là, avec eux... Fascination attractive et répulsive. Presque indescriptible car le lien qui unit les personnages de l'histoire (et par analogie le lecteur aux personnages) est un lien quasi animal. Très envie de lire "The Sound and the Fury" du coup... Et j'oubliais: c'est mieux en V.O ;)
Et aussi:
"Les cerfs volants de Kaboul" de Khaled Hosseini
Le pitch: Dans les années 70, à Kaboul, vivent Amir (dont le père est un riche afghan) et Hassan, son petit serviteur (avec Ali son père). Les deux petits garçons sont frères de lait et partagent les mêmes jeux, même si Hassan, de par son origine, exécute les tâches les plus basses. Amir est cultivé, alors qu'Hassan ne sait ni lire ni écrire, mais ils ont une passion commune: les cerfs-volants. Un jour de course aux cerfs-volants, il arrivera quelque chose à Hassan, et Amir fera preuve de la pire des lâchetés. C'est alors que la descente aux enfers commencera pour lui: il fuira l'Afghanistan avec son père, pays pris par les Talibans, pour les Etats-Unis. Un jour, en 2001, il reçoit un appel téléphonique d'un ami de son père, qui lui dit "qu'il existe un moyen de te racheter"... Il savait tout, et maintenant, Amir allait devoir faire face à son passé si enfoui au fond de lui... La plume de l'écrivain nous transporte dans le Kaboul d'autrefois où les senteurs et les couleurs regorgent des pages jusqu'à nous envelopper d'émotions. C'est facile à lire et tellement bien écrit. Un bel hymne à l'amitié.
"Lutetia" de Pierre Assouline
Ce roman n'est pas seulement une description réaliste et prenante de la France de la débâcle et de l'occupation, c'est aussi une belle histoire d'amour et des personnages hauts en couleurs. Vous dire que c'est un excellent livre ne suffirait pas. Ce serait réducteur, et largement incomplet. "Lutetia", c'est le mélange réussi entre un roman passionnant et un documentaire historique des plus complets, la rencontre délicate avec un personnage fictif venu nous raconter l'Histoire telle qu'elle s'est vue depuis le hall, les couloirs, les salles de réception, les sous-sols et les balcons du Lutetia. Un livre fascinant, un fabuleux voyage dans le passé qui ne devrait pas vous laisser sans interrogations.
"Into the wild" de Jon Krakauer
C’est de ce livre qu’a été tiré le scénario de l’excellent film "Into the wild" de Sean Penn pour lequel j'avais eu un gros coup de coeur. L'aventure courageuse ou folle de Chris McCandless fait réfléchir sur l'appartenance au système et à la société. Peut-on se libérer de nos clés, nos codes, nos cartes et de nos papiers d'identité ? J'étais sortie de la salle de cinéma assez perplexe, tout en me posant pas mal de questions. Ce livre est un véritable complément au film de Sean Penn car il apporte bon nombre de précisions nécessaires (et c’est surtout en cela qu’il est véritablement passionnant): il présente dans le détail toute l’enquête qu’a mené le journaliste à propos de ce fait divers authentique, tout à la fois sublime et navrant. Par exemple, le lecteur comprend enfin la raison de la présence de ce vieil autobus au milieu de nulle part, les raisons profondes du déséquilibre psychologique dont souffrait le héros ainsi que les véritables causes médicales de sa mort. Toutes ces choses qui ne sont qu’effleurées ou ignorées dans le film, faute de temps apportent un éclairage nouveau sur cette tragédie qui bouleversa les Etats-Unis et suscita beaucoup de réactions en Alaska. Un livre à lire avant ou après avoir vu le film !
Lectures en cours:
"To kill a mocking Bird" de Harper Lee (en anglais aussi) : un petit bijou. Une histoire racontée du point de vue d'une petite fille de 6 ans dont le père, avocat, est chargé de défendre un ouvrier noir accusé d'avoir violé une fille dans les années 30. Au début c'est assez dur à lire parce qu'il y a beaucoup d'argot américain mais si j'ai réussi c'est que ce n'est pas impossible !
Sans oublier, l'indispensable "Geo Book" qui me donne envie de prendre un sac à dos dans la minute !
A venir:
- "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell
- "Je te retrouverai" de John Irving (le dernier sorti en poche)
- "Les ombres errantes" de Pascal Quignard
- "Nouvelles de Petersbourg" de Gogol









