Comme ça faisait longtemps, petit tour d'horizon des albums que j'écoute pas mal en ce moment:

the_eraser+++ Thom Yorke – The Eraser:

Thom Yorke, voix du groupe cultissime Radiohead s’en est (momentanément) allé en compagnie du fidèle producteur Nigel Godrich pour signer "The Eraser" chez XL Recordings. Il n’en a pas pour autant tiré un trait sur son passé.
Au départ, on n'y comprend rien, comme à peu près tous les albums de Radiohead. Et puis, rien à faire, on s'accroche, et après l'avoir écouté plusieurs fois, on se prend à réaliser que, là encore, Thom Yorke est "simplement" génial. Oui, Thom Yorke est un génie...il plane sur la musique, il est dans une autre constellation, il se réinvente sans cesse pour nous surprendre et émouvoir (pour notre plus grand bonheur évidemment!). On ne peut s'empêcher de passer le CD en boucle afin d'en saisir tout les détails surprenants.

Comme annoncé, l’album est principalement taillé dans une belle étoffe électronique. Les boîtes à rythmes parfois agressives, mais plus souvent feutrées, imposent leur bringuebalance, pendant que les synthés dernier cri modulent leurs mélodies enveloppantes ou leurs micro-fréquences bondissantes. Bien qu’envahi par les machines (l’album "Kid A" en ligne de mire), le projet demeure davantage accessible... qu’un disque de Radiohead. Ce paradoxe, s’il existe, se résorbe à l’écoute des paroles magistralement interprétées par Thom Yorke.

thom

Le texte conserve en revanche une noirceur paranoïaque : menaces climatiques, effacement de l’espèce humaine(...) le chanteur est plus que jamais névrosé par le train de vie occidental. Ailleurs, c’est l’urgence de la mission écologique planétaire qui le tracasse. Juste après, "The Clock" explicite l’imminence du compte à rebours par son rythme (op)pressant. L’interprétation retenue et sans fard confère aux paroles la force du désenchantement. Sans tourner à l’ascétisme ou l’abstraction, le songwriting engagé occupe une place de choix dans cet album. L’orientation vaguement rock de morceaux tels que "And It Rained All Night" et "Harrowdown Hill" rappelle les hauts faits du quintet d’Oxford, la batterie de Phil Selway en moins.
Une vraie réussite.

charlotte_Gainsbourg+ Charlotte Gainsbourg - 5 :55:

Après "Charlotte For Ever" sorti en 1986, Charlotte Gainsbourg revient faire un petit tour dans la chanson. Pour peu on se croirait à la même époque : les mêmes ritournelles lancinantes, les mêmes rythmiques obsédantes. L'osmose entre un univers qui fait désormais partie de notre patrimoine (celui de Serge) et celui d'un groupe qui compose habilement sur ses traces, et qui s'en inspire allant même jusqu'à reproduire avec virtuosité le schéma musical de "Bonnie and Clyde" sur "The Songs That we Sing".
Dès lors, on ne pouvait espérer mieux pour propulser Charlotte dans notre inconscient collectif. Elle assure, elle susurre d'une voix qu'on peine à reconnaître mais qui s'installe avec délicatesse sur les différents titres de l'album. Cette balade délicieuse nous suggère que le pari est risqué 20 ans après, mais plutôt réussi. Cet opus ciselé est avant tout marqué de la patte d'Air et de grands noms de la musique tels que Nigel Godrich (producteur de Radiohead), Tony Allen (batteur de Fela Kuti), Jarvis Cocker et Neil Hannon (Divine Comedy).
La voix de Charlotte n'est pas simplement douce, frêle et étouffée comme le diront les plus pessimistes. L'artiste est même capable de varier les effets de sa voix au fil des différents morceaux. On sent vraiment l'inspiration des personnes dont elle s'est entourée. Les mélodies d'Air collent parfaitement avec sa voix éthérée. En bref donc, sa voix est tout sauf "limitée", bien au contraire. La seule chose que je me demande c’est que comme l’album de Charlotte est complètement "possédé" par le groupe Air, on ne sait plus trop bien si cet album la symbolise vraiment ou si c’est un disque de Air featuring Charlotte Gainsbourg…
La langue entre Shakespeare et Molière, elle laisse l'anglais dominer les textes mais se permet quelques vers en français comme dans l'impeccable "Tel que tu es". D'après un de ses poèmes, "Morning Song", qui termine l'album, en est sans surprise la chanson la plus personnelle.
Je ne suis pas déçue mais je ne suis pas surprise non plus… bref, j’attends de voir avec le prochain album !

A_la_faveur_de_l_automne++ Tété - A la faveur de l’automne:

Tété avait montré sa qualité d'auteur-compositeur-interprète avec son premier album, "l'Air de rien", un opus plein de bonne humeur, et de fraîcheur, avec l'emploi prédominant d'instruments acoustiques. Ce deuxième album, qui date d’il y a 2 ans environ (déjà ?!) est plus accompli encore. Tété se montre tour à tour dépouillé (souvent une guitare, une fameuse boîte à thé et un harmonica font l'affaire) et intelligemment orchestré. Côté inspiration, le chanteur joue à pile et face.

D'un tempérament mélancolique fortement ancré dans le début de l'album ("À la faveur de l'automne", le lyrique "Ton absence"…), il réaffirme ensuite son goût prononcé pour les textes caustiques et drôles, à la façon d'un Brassens qui aurait découvert la musique avec Ben Harper ("Une bonne paire de claques", déjà présent sur le live et qui est on ne peut plus jouissif, "Inspiration et circonstances" dont les bruitages ne laissent aucun doute sur le sens du texte, "Ces grands moments de solitude"…). Tété se révèle, une nouvelle fois, d'une grande justesse dans ses choix artistiques.
Cet album est une perle : "revigorant comme l'onde claire" (pour ceux qui connaissent!). J’aime l’écouter en cette saison pour sa poésie mélancolique, sa sensibilité et sa subtilité.

En attendant, profitez-en, le rayon de soleil est là jusqu'à la prochaine giboulée.